Un monde merveilleux

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Chaque automne, des hordes de cueilleurs de champignons, munis de leurs outils essentiels (l’Opinel et le petit panier) partent en forêt dans l’espoir de découvrir les plus beaux spécimens qui soient. Pour la plupart, c’est la perspective d’un repas agrémenté de champignons sauvages qui les stimule. Les autres, de plus en plus nombreux, sont emballés par la certitude de pouvoir observer des espèces fongiques absolument magnifiques. Car le monde des champignons est merveilleux, rien de moins ! Au Québec, ce sont près de 3000 espèces qui poussent dans divers milieux, naturels ou pas : tous les boisés, tous les parcs et toutes les cours arrière ont leur colonie, ou du moins, leurs espèces propres. 

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3000 espèces donc… Mais pourrait-il y en avoir plus ? Assurément ! Chez nous, l’intérêt pour ce monde mystérieux est né il y a un tout petit demi-siècle. C’est dire notre presque ignorance du sujet ! Et l’introduction à la mycologie, pour la majorité d’entre nous, a été faite de l’impératif « Ne touche pas ! » ou encore du traditionnel « C’est dangereux ! ». Ceux qui lançaient ces avertissements n’avaient pas tout à fait tort. Il est avéré que quelques espèces sont mortelles, et que plusieurs autres causent ce que les mycologues nomment entre eux, en riant doucement, des « désordres intestinaux ». Mais la très grande majorité des champignons sont pour les uns exempts de saveur, pour les autres très mauvais, sans pour autant être toxiques. Une petite dizaine d’espèces, un peu plus ou un peu moins selon les opinions, sont agréables au goût, voire excellentes. La mycologie se résumerait-elle donc à une poignée de champignons comestibles ?

Eh bien justement, non ! Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de découvertes scientifiques qui proclament les merveilles cachées du règne fongique. Pensons à l’antibiotique le plus connu, la pénicilline, une toxine synthétisée par un champignon du genre penicillium. Dans un tout autre ordre d’idées, les biologistes nous racontent la vie souterraine des milieux naturels, d’une complexité jusqu’alors ignorée. Les racines de millions d’arbres et des plantes herbacées, d’espèces et d’écologies différentes, sont en constante communication avec l’aide, entre autres, des mycéliums (sortes de réseaux racinaires) des champignons. Les agronomes conseillent dorénavant les agriculteurs, afin qu’ils puissent faire bon usage de ces nouvelles connaissances pour changer leur façon de cultiver la terre. On ne laboure plus le champ, on sème directement dans un sol non travaillé, de manière à laisser les champignons faire leur travail. Ces derniers, à l’aide de leur mycélium, grugent le roc pour en libérer les composantes minérales. Rendues disponibles pour les plantes, elles permettent à celles-ci de croître de manière beaucoup plus active et étendue que si elles n’avaient pas eu accès à ces ressources.

Pensons aussi aux boissons alcoolisées, qui, sans les champignons sous forme de levures, demeureraient insipides ou imbuvables. Nos pains ronds et gonflés sont le résultat d’autres espèces de levures, qui transforment une pâte épaisse et flexible en une mie aérée et digestible. Malheureusement, les champignons savent également nous rendre la vie difficile. De nombreuses maladies leur sont attribuables, ainsi que des dégâts matériels trop souvent catastrophiques. Somme toute, les champignons font partie de nos vies, sous une quantité phénoménale de formes et d’usages.

Pour la majorité d’entre nous cependant, les champignons sont principalement connus sous leurs contours habituels : un pied, un chapeau. Nombreuses sont les espèces qui se ressemblent à s’y méprendre, laissant même les plus férus des mycologues sur les dents. Toutes les couleurs existent : les rouges fluorescents, les bleus turquoise, les jaunes soleil ou les oranges éclatants. La couleur la plus fréquente est pourtant le blanc. Blanc pur, blanc gris, blanc beige, toutes les nuances de blancs, en fait ! C’est l’une des raisons pour lesquelles tant d’espèces sont difficiles, voire impossibles à identifier. D’autres caractéristiques nous aident au contraire à reconnaître les champignons. D’aucuns dégagent des odeurs florales ou fruitées souvent très caractéristiques. N’y a-t-il pas même une espèce que l’on nomme cortinaire à odeur de poire ? Ces parfums sont agréables pour la plupart, mais quelques-uns se révèlent puissants ou pestilentiels. Certaines espèces ont des aiguillons, d’autres possèdent de tout petits pores. Ces attributs permettent de classer chaque individu dans son groupe bien distinct. Mais la majorité des champignons ont des lames effilées sous leur chapeau, ce qui complique le travail d’identification.

Le monde des champignons est extraordinaire. Peu importe notre façon de l’aborder, cet univers promet de nous faire découvrir des richesses naturelles qui sont souvent invisibles à nos yeux de citadins. Le mycologue amateur, en forêt durant une matinée d’automne, prend la mesure de l’importance du calme et de la patience nécessaires à l’observation des champignons sauvages. Chez Dame Nature, l’Homme Pressé n’est ni souhaitable ni bienvenu. En plus de tous les bienfaits qui leur sont déjà attribuables, les champignons pourraient-ils également nous enseigner la sérénité ?

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