Les frissons du violon

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Roxane Del est depuis longtemps passée maître dans l’art du violon.
Mais celle qui fut membre fondateur de l’Orchestre des jeunes du Québec avant d’officier au sein des orchestres symphoniques de Montréal et de Québec s’est aussi rapidement imposée comme une remarquable musicienne d’affaires. Et l’on n’emploie pas ces deux derniers mots par hasard : aujourd’hui à la tête d’une compagnie qui « offre du rêve »,
Roxane Del sait rendre compatibles passion de l’art et entrepreneuriat.

Par Stéphane Ledien

À l’aise sur scène comme en coulisses, la Lac-Beauportoise se plaît à jouer deux rôles au quotidien : celui de l’artiste Roxane Del, violoniste d’excellence qui a déjà signé cinq disques, et celui de Roxane de Lafontaine, l’administratrice, l’organisatrice, la productrice et agente de placement de son alter ego. « Nous, les artistes, pouvons être d’excellents entrepreneurs ! », plaide-t-elle avec enthousiasme.
« Il suffit de savoir quelle porte ouvrir, au bon moment. »

Pour l’amour du violon… et des Beatles

Cette année, Roxane Del dit être entrée « dans la cour des grands » avec, en février dernier, un kiosque à la Bourse RIDEAU, le plus important marché francophone des arts de la scène en Amérique. Au début du même mois, l’artiste avait déjà six concerts vendus à des diffuseurs, pour la période printemps-été. Sans compter un spectacle acheté par une salle et programmé en juillet, réminiscence de sa prestation donnée le jour de la Saint-Valentin à la cathédrale anglicane de la Sainte-Trinité. La référence à l’amour n’a rien d’anecdotique : cette sensibilité et cette émotion particulières, Roxane Del les insuffle entièrement à son art — elle a adopté la technique dite russe, où l’on joue avec le poids de chaque doigt pour obtenir le maximum de sonorité. Sur son Lupot (un Stradivarius français), la musicienne réinterprète notamment des classiques des Beatles, groupe auquel elle a rendu hommage en 2016 avec Love, Love, Love, un album enregistré avec un quatuor à cordes formé de membres de l’Orchestre symphonique de Québec et réalisé sous la direction de Guy St-Onge.

roxannedel

Une histoire, un répertoire

L’histoire de cette mise en violon de la musique des « Fab Four » remonte à une rencontre en 1992 avec le producteur Sir George Martin, surnommé le « cinquième Beatle ». « Il m’a incitée à choisir la musique populaire et jazz. À développer mes arrangements personnels », explique Roxane Del. La suite allait la conduire sur la voie des adaptations à succès : outre les titres des Beatles, citons sa reprise de la chanson Kashmir de Led Zeppelin, jouée en compagnie de l’Orchestre du Septième Art, ou des musiques des films Da Vinci Code et Anges et Démons, déclinées en concerto pour violon et orchestre. Bien qu’on entende davantage parler d’elle depuis la sortie de Love, Love, Love, la violoniste avait déjà connu en 2011 une certaine gloire avec la chanson Père Noël, envoie-moi du pognon, extraite de son album Django Bell teinté d’accents jazz manouche. Plébiscité par les stations de radio, ce tube du temps des Fêtes dévoile aussi, non sans pétulance, ses aptitudes vocales. « J’ai suivi des cours de chant pendant deux ans à Québec. » Roxane Del aime sortir de sa zone de confort et n’hésite jamais à se donner de nouveaux moyens. Avec Guy St-Onge, la violoniste confie qu’elle est parvenue à une expérience de collaboration unique. « Il a une écriture pour les cordes absolument exceptionnelle », s’émeut-elle, citant les louanges qu’en fait aussi le compositeur Michel Legrand. Comme George Martin, Guy St-Onge appartient à ceux qui ont permis à l’artiste d’aller chercher d’autres niveaux, de diriger un orchestre de chambre. 2017 constituera une superbe occasion de découvrir sur scène l’alchimie qui réunit ces deux professionnels : dans le spectacle de juillet, Roxane Del interprétera avec un quintette à cordes ses classiques des Beatles, tandis que Guy St-Onge offrira en trio une prestation de jazz à la Bill Evans. Le concert sera couronné d’un numéro où les têtes d’affiche et les huit musiciens joueront tous ensemble.

Le bonheur de donner

Quand on lui demande de résumer en quelques mots ce qui fait l’essence même de sa musique et de sa présence sur scène, Roxane Del prend une profonde inspiration. « Les gens achètent du rêve, du visuel », commence-t-elle par préciser, se rappelant, pour l’exemple, de la beauté des costumes des musiciens de Rufus Wainwright. L’artiste sourit à la magie de cette évocation, puis poursuit : « Ce que j’aime le plus, c’est jouer du violon. Donc ce que je veux offrir, c’est ça. L’essentiel de ce qui me rend heureuse. Me donner à plein. »

Roxane Del a reçu l’amour du violon dès son plus jeune âge. À Québec, où elle est née, elle s’est initiée à l’instrument sous la houlette du maître Claude Létourneau. Son enfance et son adolescence, elle les a passées à Sherbrooke — elle a d’ailleurs participé à la fondation de l’Orchestre des jeunes de la ville — mais c’est à Montréal qu’elle a suivi toutes ses études, ou presque, en musique, à l’Université McGill. Presque, car elle a complété sa maîtrise à l’Université Laval. Un parcours exemplaire : partout où elle est passée dans la province, Roxane Del a laissé son empreinte, aujourd’hui signes d’une carrière prestigieuse. Elle a ainsi été membre fondatrice de l’Orchestre des jeunes du Québec et de l’Orchestre Métropolitain ; a joué dans les orchestres symphoniques de Montréal et de Québec ( pendant six ans pour ce dernier ), ainsi qu’au sein de l’Orchestre de Radio-Canada. Et le sens des affaires ? Il lui vient d’un autre chemin de vie, celui-là en tant qu’associée, pendant de nombreuses années, d’une lunetterie que possédait son conjoint. Aujourd’hui, l’entrepreneure, l’artiste et la mère attentionnée — leur dernier enfant vit encore à la maison — ne font plus qu’une, à la tête d’une société de production de spectacles et de maisons de disques florissante. « J’ai réussi à garder tout ce qui était positif de chaque étape de ma vie ! », confie-t-elle.

Pour suivre l’actualité de Roxane Del, rendez-vous au :
www.roxanedelafontaine.com.

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