L’avenir en couleurs

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Les changements font partie intégrante de notre existence. Il y a ceux que l’on choisit, souvent pour le mieux. Positifs ou négatifs, ils font partie de notre évolution et parsèment notre chemin. Ils ont une portée variable sur notre quotidien, selon leur nature. Et il y a les changements imposés, ceux auxquels nous devons faire face impérativement. C’est ce que Sonia Reid a vécu lors du décès de son mari, dans un écrasement d’avion. À travers ce long processus, elle a découvert sa vocation artistique. À l’image du phénix qui renaît de ses cendres, Sonia a choisi de se relever et de retrouver le sens de sa vie. 

Par Malory Lepage

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Photo : Christyna Mérette

Il faut remonter en janvier 2003, afin de mieux comprendre le contexte. Avec un premier enfant au monde et un deuxième en route, la vie souriait à Sonia et Sylvain. Ce dernier se rendait à un voyage d’affaires de routine, lorsque l’avion dans lequel il prenait place s’écrasa. La suite fut brutale pour Sonia, dont le conte de fées se déchirait soudainement. « À 29 ans, ce n’est pas un sujet auquel on réfléchit tous les jours. » Réussissant à mener son deuxième enfant à terme malgré les obstacles éprouvants, une longue saga judiciaire l’attendait, comme c’est souvent le cas lorsque l’on perd un proche dans de telles circonstances. Gardant la tête hors de l’eau pour ses filles, elle traversa rudement toutes les étapes du deuil. « Le plus difficile, c’était de penser que mes filles n’auraient pas leur père. » Chaque bataille qui s’est présentée, Sonia l’a affrontée, en puisant dans des forces jusque-là insoupçonnées. Au fil des années, la tristesse, la colère et l’incompréhension laissèrent progressivement place à l’espoir. « Pendant plusieurs années, j’ai travaillé sur moi. » L’écriture et les séances de reiki ont représenté des outils précieux pour l’aider à traverser cette épreuve. En effet, cette ancienne ingénieure du secteur des pâtes et papiers se découvrit une facette dont elle ignorait l’existence. « J’aimais le côté scientifique, puis j’ai fait un virage beaucoup plus humain. » Elle était toutefois encore loin de connaître l’ampleur de son potentiel…

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Photo : Christyna Mérette

 

La naissance d’une artiste
Jamais Sonia n’aurait pensé un jour devenir peintre. « J’étais beaucoup plus une sportive ! » Constatant la fibre artistique de sa fille aînée, qui aimait beaucoup dessiner et lire, elle décida d’organiser une journée d’activités pour lui faire plaisir. C’était en 2010. « J’avais entendu parler des Ateliers Toile blanche de
Suzanne [Longval] », raconte-t-elle. Sans aucune attente et dans l’unique but de passer un bon moment avec sa fille, elle se rendit à l’atelier de l’artiste peintre lac-beauportoise. « J’étais contente de constater qu’il ne s’agissait pas d’un cours. Sans trop penser, j’ai pris les pinceaux et les spatules et je me suis lancée. »

Cet exercice aux apparences anodines fut une véritable délivrance. De manière « très instinctive », elle laissa aller ses émotions sur la toile. Le résultat fut éloquent : « Ce qui m’a fascinée, c’est la connexion entre ce que je vivais et le tableau ». En effet, on peut y discerner l’eau et l’avion, les vestiges de la tragédie dont elle remontait la pente. Toutefois, Sonia a toujours préféré y voir un oiseau qui y prend son envol : un peu
comme un nouveau départ, après la tempête. Chose certaine, « il y avait beaucoup de signification » dans ce mélange de teintes et de textures. Elle s’est mise à peindre avec Suzanne, qui l’a beaucoup encouragée à poursuivre ce nouveau passe-temps.

Photo : Christyna Mérette

Photo : Christyna Mérette

« Chaque toile est une expérience en soi »
Un an et quarante toiles plus tard, Sonia avait également mis au monde un livre relatant son histoire, intitulé « Et la vie continue… ». Souhaitant partager son art et son vécu, elle organisa un lancement, qui connut succès retentissant. L’ancienne ingénieure avait décidément fait le saut de l’autre côté du miroir. « Ma famille n’y croyait pas ! », se rappelle-t-elle avec le sourire. « J’ai voulu montrer aux gens que rien n’est impossible. » Et avec raison : son livre devint rapidement best-seller, et elle vendit plus de la moitié de ses toiles durant sa première exposition. « Surprise » de la réaction positive du grand public, elle se mit à recevoir de plus en plus de demandes. Depuis, elle est en exposition à la Galerie Baron Lafrenière, dans le Vieux-Port de Québec. « J’apprécie l’effet libérateur que m’apporte la création. Comme j’ai besoin de courir, j’ai maintenant besoin de peindre », illustre-t-elle.

Une palette variée de projets
Après avoir travaillé quelque temps comme consultante en gestion du changement, Sonia s’est impliquée dans l’élaboration de la programmation du Monastère des Augustines, à Québec. « Autant que j’aime l’art, je m’intéresse toujours au domaine des affaires et au développement personnel. » Elle continue à mettre ses
expériences à profit dans des projets s’inscrivant dans ses valeurs, et qui l’amènent toujours à grandir. Tout récemment, Sonia s’est jointe aux  22 personnalités du tome 3 de « Points de bascule », ouvrage collectif où
chacun y raconte un moment tournant de sa vie. Pour elle, cela représente une autre façon de cultiver l’art de partager. « La tragédie de la vie n’est pas la mort, mais ce qu’on laisse mourir à l’intérieur de nous pendant qu’on vit », cite-t-elle. Désireuse de vivre pleinement chaque instant, Sonia mord désormais dans la vie à pleines dents et y apporte, à sa façon, sa touche de couleur.

soniareid-art.com
dauphinblanc.com/catalogue/et-la-vie-continue
dauphinblanc.com/catalogue/points-de-bascule-tome-3

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À propos de l’auteur

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À l’affût des dernières nouvelles et tendances de tous horizons, Malory se fascine pour la communication et l’univers médiatique. C’est d’ailleurs dans ce domaine qu’elle a fait ses études universitaires. En plus des Éditions Platine, pour qui elle travaille depuis 2013, elle compte notamment TVA et TéléMag à sa feuille de route. Les défis constituent sans contredit son principal carburant.